Le pôle altermondialiste constitue-t-il des pistes alternatives au système dominant?
Il regroupe ceux qui considèrent que la régulation n’est pas une réponse suffisante à la crise. Il est formé par ceux qui estiment qu’une réponse radicale à la crise nécessite une rupture avec le système dominant, le capitalisme, et qui inscrivent leur action dans la durée, ce qui influe sur les actions à court terme à mener d’urgence. Comme les deux autres pôles du débat, il ne s’agit pas d’un bloc homogène mais d’une situation dans le débat stratégique qui recouvre des positions et des appréciations différentes sur les opportunités et sur les alliances.
Il est porté par les mouvements sociaux et citoyens, associations, syndicats et réseaux dont plus de 300 ont signé au Forum Social Mondial des propositions que l’on trouvera dans la Déclaration de Belém du 1er février 2009 « Pour un nouveau système économique et social. Mettons la finance à sa place ! », déclaration que plusieurs ATTAC du monde ont approfondie dans le « Document de référence. Pour un nouveau modèle économique et social. Mettons la finance à sa place » (26 mars 2009). Il est aussi porté par plusieurs mouvements qui ont rédigé, également à Belém, le 1er février 2009, des déclarations sur plusieurs questions, notamment la déclaration de l’Assemblée des mouvements sociaux, la déclaration des peuples indigènes, la déclaration des femmes, la déclaration pour les droits des migrants .
Les propositions discutées à Belém esquissent des alternatives qui doivent être avancées dès maintenant. Celles de la première déclaration concernent le rôle prédominant à attribuer aux Nations unies dans la réglementation du système international, la socialisation du système bancaire, le contrôle strict des mouvements de capitaux, l’évolution des formes de propriété, la nécessité de lier les revenus au travail. Elles rejoignent la commission Stieglitz et le pôle syndical international sur la création de monnaie de réserve régionale. Mais elles dessinent une perspective de démocratisation radicale de l’économie. Elles restent pour autant évasives sur les formes de l’implication citoyenne et civile dans la régulation et sur les implications radicales d’une prise en compte des contraintes écologiques. Mais elles se prolongent dans les discussions actuelles qui explorent une démarche radicalement alternative, celle de « la prospérité sans la croissance » (Sustainable Development Commission UK, « Prosperity without growth ? The transition to a sustainable economy » -30 mars 2009- ). Le caractère institutionnel de cette dernière réflexion, très avancée dans la mise en discussion du rapport entre croissance, développement et contraintes écologiques, en renforce considérablement la légitimité, dans la mesure où elle démontre la progression des propositions défendues par les sociétés civiles et les mouvements sociaux, écologistes et citoyens. Elle ouvre la réflexion sur le concept de prospérité, met en cause le consumérisme et insiste sur la nécessaire prise en compte des limites écologiques en amont des choix de politiques économiques.
La Conférence de Copenhague soulève des questions déterminantes. Au-delà, l’enjeu de l’issue de la crise, pour le 21ème siècle, c’est la définition d’un nouveau projet d’émancipation. Après le projet national et la souveraineté populaire des Lumières, après le projet de libération sociale du communisme, il faut définir un projet qui associe la libération sociale et la question écologique, à une pensée des libertés et à l’impératif de la paix. Le mouvement altermondialiste se présente comme un prolongement et un renouvellement des trois mouvements historiques précédents : le mouvement de la décolonisation ; le mouvement des luttes ouvrières et sociales ; le mouvement des luttes pour la démocratie et les libertés à partir des années 1960-70. La prise en charge du paradigme écologique introduit là une rupture par rapport aux séquences précédentes ; il contraint à innover. Il ne s’agit pas de remplacer un modèle unique par un autre modèle unique. Il s’agit de changer les comportements individuels et collectifs. La solidarité, dans ses différentes conceptions, est le fondement des valeurs de référence : solidarité écologique, solidarité sociale, solidarité politique, solidarité internationale.









